jeudi, juillet 27, 2006

- Le party de cuisine.

Comme vous aurez peut-être remarqué ça fait un bout que j’ai pas chialé sur la loi mort-aux-fumeurs. Peut-être pensiez-vous que j’avais fini par avaler la pilule, et bien NON. Je laissais passer le temps pour voir comment les choses se tassent. Voici venu l’heure d’un petit compte-rendu.

J’aimerais parler de l’expérience cuisine. Vous savez que les maisons privées sont le seul endroit où on peut boire et fumer en même temps dans notre beau Québec. (oui il y a les terrasses mais ta peu quand y vas faire moins 30.) Une chose qu’on entend souvent c’est que c’est le fun parce que ça va relancer la mode du party de cuisine.

Tu n’auras qu’à inviter du monde chez-toi m’as t’on répété 100 fois quand je capotais sur l’hiver qui s’en vient..

Il y a quelque chose de bucolique dans cette joyeuse pensée et comme moi et ma co-loc sommes des filles willings et joyeuses, les fameux partys de cuisine se sont tout naturellement dessinés vers chez-nous. Voici ce que ça a donné :

Premièrement, on a vite réalisé que les brochettes d’ami-es ça te scrappe un plancher en prélart cheap plus vite qu’un marteau piqueur. Les vieilles tuiles sont en train de partir en miettes et notre plancher exhibe maintenant plusieurs trous charmants où l’on peut admirer le fond de vieux bois pourri qui ramasse la crotte de souliers plus efficacement que les semelles des dits souliers. Au moins pour 200$ de dommages (coût d’un nouveau plancher cheap qu’on achètera jamais.) Super.



Niveau matériel nous déplorons également la perte d’une poignée de porte de frigidaire ( Comme le fridge est une vieille croûte, il faut barrer la porte sur le côté. Un ami a réussi à arracher la poignée avant de se rendre compte qu’il fallait juste débarrer la clanche. Ouinnn ! Mon vieux fridg tout scrappe... je l'aimais moi avec sa poignée!)



Notre relation avec le voisinage s’est aussi quelque peu détériorée. On se doute que les discussions très animées en pleine semaine ne sont pas apprécié des travailleur-es matinaux. On passe les soirées à jeter sporadiquement de délicats « Vos yeules tab… ! »

La vaisselle a quadruplé de volume (je hais faire la vaiselle) et les bouteilles vides (où copulent scandaleusement toute une civilisation de mouches à fruits qui résistent farouchement à l'extermination ) s’empilent si vite qu’on s’est presque retrouvées avec un mur de caisses bières (quand le gars d’hydro est venu je savais plus où me cacher tellement j'avais honte du coup d'oeil général.)



Ce n'est pas qu'on boit tant que ça mais nous ne sommes pas des plus concentrées pour rapporter les vides à mesure. Nous avons parfois dû faire quelques voyages de chariot de suite, si bien que le gars du dépanneur nous regarde maintenant d’un air assez louche.



Nous voyons dans son regard autrefois amical, que maintenant il croit que nous sommes carrément dépravées ou encore pire allez savoir. Pffft. C'est pas nous qui boit tout ça quand même !

Nous, on reste dans la petite Italie.



Les voisins (de bons italiens très famille qui restent là depuis toujours et qui surveille de leur galerie tout ce qui se passe dans le quartier 24h sur 24) nous voient faire le train avec notre chariot qui gligne gligne à chaque craque de trottoir et ils ont l’air de s’être fait une toute aussi bonne opinion de nous.

Je charrie pratiquement pas, c’est vraiment ce qui est arrivé. Nous sommes passées des sympathiques artistes d’à côté aux deux louches du troisième qui font sûrement du trouble et va donc imaginer ce qui se passe chez-eux. Fait ch… en crif, surtout qu'en fait on est dix fois plus sages chez nous que quand on sort en ville.

Niveau copinage, j’adore mes potes du Quai pus de brumes. J’aime les retrouver, jaser, tripper mais franchement, je me vois mal les ramener chez nous. Ça n'aurais comme pas rapport car c'est deux forme de relation que de se voir dans un lieu public et de se voir dans un lieu privé. Je dirais que la plus grande part du monde que j’aime et que je veux voir viendrons jamais dans ma cuisine donc, je risques de pas les voir de l’hiver.

En plus, il y a des copains que je rencontre comme ça et qui sont bizarres.



J’aime beaucoup le monde bizarre. Dans un bar ça va. Il y a pleins de mondes pour veiller au grain, c’est sécuritaire. On peut profiter pleinement de la bizarrerie d’autrui. Mais vous voyez, ramener un bizarre chez-soi c’est dangereux, sans compter qu’il y en a qui sont bizarre sans que rien n’y paraisse. Si un bizarre saute les plombs dans ta cuisine t’as l’air fine en crimme sans compter (horreur !) qu’il sait où tu restes et aussi ce qu’il y a à voler dans le campe. (Chez nous, pas grand chose par contre lol !)

Et puis même si il est parfaitement sain d’esprit, un copain de fraiche date que tu invites chez vous, même en toute bonne foi, il arrive qu'il se fasse des idées. Dans un bar, (du moins ceux que je fréquente) chacun sait à quoi s’en tenir et il est rare que les choses virent à l'indécence ou même seulement à l'insistance mais dans une cuisine, une fois réchauffé, quand il y a une chambre à coucher à deux pas … tsé veut dire… il arrive qu'un gars s’essaye.



« Hey Jsus ben trop paqueté, j’peut pas prendre mon char, peux-tu coucher icitte ? » ( suivi d’un grand sourire tout pétri d’innocence)…

Si tu dis oui, il y a un risque de devoir repousser des avances subites. « On peut tu juste se coller ? En amis là, envoye donc… » (grand sourire innocent) Si tu dis non, t’es cruelle et potentiellement responsable de la mort du copain en question ou du pauvre diable qu’il va certainement écraser et rendre paraplégique (Face de prout où perce un subtil reproche). Pffft... prend le métro du con. Ben c'est parceque y'est fermé rendu à c't'heure là.... Shit. (note- j'exagère quand même un ti-peu là ; )

Après toute ces péripéties je dirais qu’au final, le buccolique party de cuisine scrappe ta maison, scrappe ta relation avec tes voisins immédiats, scrappe ta réputation via les gens du quartier et scrappe même le respect que tu pouvais entretenir envers certains amis.

Le pire par contre, c’est de risquer d’inviter quelqu'un qu’on aurait pas dû inviter. Ce qui fait que forcément, les bars sans fumée qui forcent les fumeur-es à se retrouver dans les cuisines, ça se payera avec des agressions de gentilles jeunes femmes qui n’avaient jamais pensé à mal en laissant venir chez elle l'ami d'un ami ben fin. C’est quand même cher payé.

Ben là quand même, ramène pas le monde chez vous, me diras t’on.

Ben tsé, c’est toi qui disait que j’avais juste à inviter le monde chez nous, vous répondrais-je.

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